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Un Triptyque pour mon troisième Œil
Exposition, Art Contemporain, Musique
Artistes:
Clara Mauvillain Anneix
Charlotte Anneix
Maximilien Curtis
Olukemi Lijadu
Zélie Nguyen
Emma Tholot
Été 2026
Union de la Jeunesse Internationale, 2-4 Blvd Marguerite de Rochechouart, 75018 Paris
Un Triptyque pour mon Troisième Œil propose de réinterpréter le triptyque, structure historique et symbolique, comme un outil d’exploration contemporaine du sensible et de l’intuition. L’exposition transforme l’art en expérience, où chaque spectateur·rice est invité·e à ralentir, à percevoir autrement et à renouer avec des dimensions souvent invisibles du réel. Elle questionne la capacité de l’art à créer un espace de méditation, de réapprentissage des sens et d’éveil personnel, réaffirmant son rôle comme lieu d’attention, de réflexion et de résonance avec notre perception du monde.

J’envisage mon travail comme un espace de réflexion sur l’art dans sa dimension expérimentale, revendicatrice et libertaire. Fortement inspirée et guidée par les symboles et les langages qui renvoient à des réalités suprasensibles, le triptyque m’obsède depuis mes études d’histoire de l’art. Œuvre originellement peinte ou sculptée en trois panneaux, symbolique et imaginaire, elle se déploie à la manière d’une fenêtre, par action, comme une conscience nouvelle.
L’exposition Un Triptyque pour mon Troisième Œil revisite cette structure historique, non pas comme un vestige, mais comme un outil d’exploration spirituelle contemporaine. Elle invite à percevoir l’art comme un moyen d’éveiller l’intuition, d’élargir la perception et d’approfondir notre compréhension du réel.
Depuis des siècles, le triptyque s’impose comme un portail visuel et spirituel, guidant le spectateur à travers des strates de sens, de dévotion et de contemplation. Héritier des traditions religieuses et mystiques, ce format en trois volets a incarné des récits sacrés, des visions cosmiques et des interrogations philosophiques profondes. Formé sur le chiffre trois, hautement symbolique à travers les cultures, il incarne l’équilibre, la transformation et la transcendance. De la Trinité chrétienne à la Trimurti hindoue, des principes alchimiques aux archétypes jungiens, il reflète notre capacité à synthétiser, opposer et évoluer.
L’espace d’exposition se veut ainsi un lieu d’élévation, de méditation et de recentrement. Dans un monde saturé d’images où le regard se consume plus qu’il ne contemple, il s’agit de réapprendre à voir. Car l’image, autrefois porteuse du sacré, tend aujourd’hui à se réduire à un outil de subordination et de distraction.
Pris dans un système capitaliste qui accélère nos regards et interrompt toute contemplation, nous perdons le lien au sublime, au beau, au vrai. Le spectateur devient consommateur : multiplier les photos, les diffuser aussitôt, plutôt que d’expérimenter son regard. Face à ce flux incessant, l’art demeure l’un des rares moyens de reconquérir le temps, l’autocritique et l’expérience spirituelle. Je veux ainsi concevoir un espace qui réhabilite le temps de l’introspection, de la méditation, de l’expérience partagée.
En ce sens, il entend résister à nos dérives, en proposant l’art non pas comme un objet de consommation mais comme un acte spirituel et universel. Il s’agit moins d’un dogme que d’un appel à la fluidité : celle d’une spiritualité personnelle, intime et en constante mutation.Ce projet ne se revendique d’ aucune croyance unique, mais embrasse une pluralité de perspectives. Il invite à un réapprentissage des sens et à une reconnexion avec les énergies invisibles qui façonnent notre existence.
En engageant le triptyque comme dispositif dynamique, une structure en tension engageant le spectateur, non pas au sens d’un mouvement physique, mais créant une circulation entre l’interne et l’externe, Un Triptyque pour mon Troisième Œil invite à dépasser la simple observation pour entrer dans l’expérience. Au cœur de l’exposition, une interrogation demeure : l’art peut-il être une forme moderne de divination ? Regarder peut-il devenir un acte de connaissance ?
À l’heure où les musées deviennent performatifs et où l’expérience esthétique se réduit trop souvent à une consommation d’images, il importe de résister aux dynamiques de dénaturalisation et d’aseptisation de la création artistique, et réaffirmer l’art comme lieu où s’exerce une vision plus aiguë du monde. - Capucine Berkrouber
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